Me voici taguée par Urga: je dois m'asseoir devant
l'ordi pour avouer mon inculture et la décrire ou
l'écrire...
Alors l'inculture... c'est
le contraire de la culture?
Si on prend la culture dans sa définition la plus ample, c'est tout ce que l'homme crée... d'abord pour survivre, puis pour plein
d'autres choses, mais la culture est après tout ou avant tout un système pour communiquer. De ce
point de vue il n'y a pas d'être humain sur terre qui soit inculte, nous appartenons tous à une culture, ou même à deux ou trois... et alors moi
aussi!!!
En agriculture, l'inculture c'est l'état de ce qui est inculte, de ce qui n'a
pas été cultivé... elle ne donne pas de fruits, elle ne fleurit pas. Dans la vie, quand on cueille ses fruits parfois on se rend compte de qu'on c'est trompé de semence... ou de qu'on aurait dû
semer encore plus d'une autre... de qu'il y a toujours de mauvaises herbes qu'il faut arracher à la main, sans se servir de RoundUp ou
autres désherbants toxiques pour ne pas pourrir tout le terrain... Ma vie n'est pas un terrain vide, inculte; j'ai cueilli des fruits, je me suis vu fleurir et j'ai vu fleurir au tour de moi,
dans un ordre chaotique, certes, parce que quand on mélange le nord et le sud, on mélange les saisons: avec l'avion on peut passer de -2°C à +35°C en un rien de temps.
C'est drôle ça, tout ça dans la même planète, en même temps!
"Inculture: Etat de ce qui est sans culture intellectuelle" selon le dictionnaire. Culture intellectuelle, je retiens
ça. Ce qu'on appelle ordinairement "culture générale"?
Pour avoir de la culture intellectuelle ou de la culture générale c'est que la plupart du
temps on nous met à l'école, cet autre grand "agent de socialisation" (oups! ça me fait penser à Agent
Provocateur).
Si on veut avoir un minimum acceptable de culture générale, il faut avoir son
bac, et pour être une personne culte et illustré il faut aller à la fac. Tout ce parcours c'est le parcours de la culture
intellectuelle de soi...
Je me rappelle quand je suis entré au CP, au Lycée Français: j'ai bien aimé cette première année en français, être la première de ma famille à découvrir cette nouvelle langue
et me l'approprier.
En CE1 l'école bilingue toute la journée: le matin une maitresse toute gentille en français et le soir une sorcière pour l'espagnol, mais j'étais quand même
contente de pouvoir
en fin lire dans ma langue maternelle.
Pour CE2 la maitresse francophone était déjà moins chouette, mais elle faisait des super
choses en découpage pour le cahier... et la sorcière ressemblait à une version hispanophone de Baba Yaga... Je commence à entendre ce que je vais entendre pendant des années: que je suis mauvaise élève, paresseuse, lente comme une tortue, pas capable...
que quelque part il y a un PROBLEME.
Les tours chez les psychologues, les pédo-psychiatres et autres sorciés
médecins commencent, même quand on met des tas de câbles sur ma tête pour voir si mon cerveau marche bien (ou par quel bordel la culture ne veut pas
rentrer!), tous disent que ça va, que les résultats des tests médicaux sont normales, que les tests psychologiques donnent que je suis même très intéligente! Ma mère à l'air désapointée, elle aimerait certainement qu'on lui dit
que je suis un peu idiote pour de vrai et qu'avec des thérapies je pourais quand même m'en sortir en école
billingue...
Pourtant le français me plaît, si petite et je le parles et l'écris
bien.
Pour le CM1 je dis que je veux changer, je veux aller dans une école publique
hispanophone... Je sais que je suis dans une bulle où on veut faire de moi quelque chose que je ne suis
pas et je ne veux pas! Mais on veut pas me changer,
parce que je fais exprès de ne pas réussir dans cette école bourgeoise, j'ai les capacités et je ne veux pas m'imprégner de toute cette culture?
Pourquoi? Pourquoi préférer aller à une simple école
publique de quartier?
Je reste encore au Lycée Français.
A la rentrée, je vois que ma meilleure copine n'est plus là, des garçons commencent à ce
moquer de moi... je ne connais pas assez les émission télé à la mode et tout le tralala... il semble que je suis bète, grosse et moche... mais ça, maman me l'avait déjà
fait ressentir avant...
Je commence à lire des romans qui n'ont rien avoir avec les cours, mais sont tellement
plus intéressants que mes dévoirs! Les samedis je
vais aux ateliers de journalisme et mon prof dit que je suis douée.
Mais la culture nécessaire à un enfant, ce n'est pas seulement l'école qu'elle y
est: j'ai dû passer des soirées en cours de natation et de danse classique que je détestais.
De la natation je garde: la peur de l'eau que j'essaye toujours de dissimuler, surtout parce
que quand même j'aime l'eau! Et de la danse
classique: des jambes et des pieds complètement déformés et l'image des corps meurtris et
atrophiés des danseuses qui me dégoûtaient. Un bon souvenir quand même: la danse folklorique espagnole que
j'aimais tant!
J'avais 11 ans, la première fois que j'ai dit STOP et que mes parents m'ont écouté... où
plutôt ils n'ont pas eu le choix? J'étais très têtue
et ma mère avait des problèmes de santé: ça les arrangeait.
Bonjour l'école publique et les après-midi libres sans activités extra-scolaires que je
n'aimais pas. Ma mère passait la plupart du temps hospitalisée pendant que mon père était au boulot, et j'avais plus de temps pour moi.
Une maîtresse toute jeune et adorable et j'étais devenue une des meilleures de la classe! C'est là que j'ai rencontré ma superbe copine Véro et que j'ai commencé à prendre des cours d'informatique à côté de la maison.
Me voici avec de bonnes notes pour choisir un collège, je préfère aller dans un privé
tout neuf de classe moyenne. Véro est toujours avec moi et nous ne sommes
pas nombreux. Des nouveaux copains et des fou-rires par milliers, des profs chouettes et d'autres pas assez... Je bosse bien et à la fin de l'année j'ai une moyenne de 8/12: je suis contente
jusqu'à que mes parents me disent que ce n'est pas du tout assez... Après ça je ne ferais que m'améliorer.
J'adore les cours d'histoire et de littérature dans lesquels je me débrouille très bien.
Mon premier amour, le génie de la classe, il me fait découvrir que: "N'importe qui peut être
bon en maths!"
Je commence à devenir l'idéal de personne de la Renaissance, je fais des 11/12 et des 12/12 partout: histoire, philosophie, mathématiques, physique, dessin, arts plastiques, musique, littérature, chimie,
anglais...
C'est bien de découvrir qu'on est libre de faire ce qu'on veut, d'avoir des superbes
notes dans n'importe quelle matière pour fermer la bouche à tout le monde et qu'on ne nous fasse pas chier...
Mais je sais que ce que je préfère c'est la peinture, l'histoire et la littérature et je commence à rêver de devenir prof.
Pendant mes temps libres, à part les sorties entre amis, je lis énormément et j'y vais
dans un atelier d'arts plastiques pour peindre... des peintures qui seront fièrement exposées dans la grande exposition annuelle de ma prof à la Bibliothèque Nationale... et qu'après ma
mère jettera à la poubelle sans rien dire...
Après que ma mère a jeté mes peintures, je n'ai plus jamais osé peindre. Aujourd'hui,
je suis inculte en peinture... comme quoi, on peut être très culte et devenir inculte aussi, comme si on avait vidé
un flacon de RoundUp et de sel sur ma petite parcelle.
La littérature c'est une passion plus facile à entretenir... ou en tout cas je n'y arrives pas à m'arrêter de lire! Je n'ai pas trop eu l'occasion de lire les classiques français,
peut-être dans le monde francophone je suis trop inculte même si j'ai eu mon bac... Je n'ai jamais ouvert un livre de Victor Hugo, Balzac, Stendhal, Maupassant, Proust, Pagnol, Sartre, Rousseau,
Sand, et un long etc. Mais j'avoue que j'aimerais bien les lire et je me dis qu'un jour
je devrais le faire sous peine d'avoir passé à côté de quelque chose... Je sais que c'est bon... j'ai eu quand même l'occasion de me délecter avec un livre d'Albert Camus ou de Marguerite Duras
ou de Baudelaire à côté du feu.
Mes grands amours littéraires de l'adolescence: des compatriotes comme Eduardo Galéano, Mario Benedetti, et le réalisme magique latino-américain avec des auteurs comme Isabel Allende, Gabriel Garcia Marquez, Julio Cortazar. Sans
oublier les vieilles révues de littérature soviétique trouvés dans les brocantes.
Un Bac "Sciences Humaines option Droit" en poche, avec
des bonnes notes, préparé avec ma copine Nina entre la fumée, l'alcool et les délires adolescents, me voilà avec une culture générale correcte et un futur prometteur, le plein de bonnes
perspectives... Mais voilà que je ne sais pas quoi faire moi!
Un an et demi en fac de psychologie et partie en France avec plein de rêveries et
d'amour... Seulement deux ans plus tard, je suis de retour au pays, avec trop d'amertume et un bébé accroché à mon sein, je m'inscris en fac de droit: pour être sage et faire enfin plaisir au parents! Et je n'ai jamais eu de diplôme, parce qu'au bout de 2 ans et demi
je suis encore partie! J'y crois pas encore que j'ai osé: avoir moins de diplômes supérieurs que mes
parents!
"La culture cours derrière moi mais elle ne m'attrape pas!" Officiellement dans la société occidentale, à la maison mon Chum est
le plus culte: Bac+5! Et je ne devrais jamais aspirer à gagner
autant d'argent que lui... Pourtant mon parcous d'apprentissage je n'ai pas la place pour tout le décrir ici! Et je suis fière de lui... parce qu'en plus il est beaucoup plus
que ça!
Parfois quand on parle de culture, il
semble que c'est pour ça: pour communiquer et pour séparer, pour distinguer, entre
riche, pauvre et tous les dégradés... pour envisager COMBIEN d'argent on va pouvoir gagner...
Parce que ce n'est jamais assez!
On est toujours séparés, par couleurs, par nationalités, par sexe, par âge, par
orientation sexuelle, par tout et n'importe quoi... C'est toujours important de pouvoir communiquer à certains: "Je suis tellement plus que toi!" Au lieu de "C'est mon identité et puis voilà... on est différents et on peut faire avec."
La culture générale, intellectuelle, on peut aussi la mesurer facilement dans la vie de
tous les jours, par exemple avec l'orthographe: on peut bien faire la différence entre cultes
et différentes variantes d'incultes...
La culture dominante, celle qui a vraiment sa place, c'est celle
de la bourgeoisie, de la classe dominante... Marx, j'ai souvent pris plaisir à le lire... Alors, avec le capital, elle
aide à créer une élite, dans laquelle c'est plus difficile de rentrer quand on a bossé 12 heures par jour en faisant des ménages dès l'âge de 15 ans.
Dans la culture dominante il peut y avoir des choses que je connais et que j'aime bien ou
que j'aimerais bien connaître. Et il y a aussi de l'art abstrait super cher, des soirées chics et enuillantes ou
décadentes, et des auto-proclamés philosophes comme Bernard Henri Lévy qui ne
m'intéressent absolument pas...
Mais s'y connaitre un peu dans tout ça, c'est aussi pas mal: un peu plus de liberté, de choix. Après tout j'ai testé et c'est
prouvé: n'importe qui peut être doué en maths! Etre un homme ou une femme de la Renaissance, être
doué en tout et n'importe quoi...
Moi, l'inculte sous certains yeux, qui ne me dérangent plus... On peut être inculte sous
certains regards, qui ne nous regardent pas.
Vivre avec notre petite culture à nous, qui nous fait plus grands... et la faire grandir
petit à petit loin des salons des classes et amphithéâtres politisés, dans la direction où nous voulons y aller.
Pourquoi toujours devoir être humble ou fier?
De toutes façons pour l'ignorance et l'arrogance il y a toujours de la
place.
Merci Urga! Et à mon tour je tague: Babayoga, BrujaSexy et Véro (oui parce qu'il faut rigoler un peu!!!), mais ne vous inquiètez pas les filles, il ne faut pas écrir aussi long pour décrir votre
inculture!!!